Jean Chrétien FAVREAU

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ARTS

         
       
 
Intégrisme
 

          Les intégristes, quels qu’ils soient, squattent un ordre supérieur pour faire régner un ordre tyrannique.

          Les religions et les dieux sont une création du genre humain, une construction mentale dont il a le génie. L’existence des dieux naît du besoin de croire en l’origine et l’au-delà, pour invoquer la miséricorde dans le plus grand désespoir, pour qu’une loi commune retienne les pires défauts, pour s’arracher à la glèbe, pour éviter de se vautrer dans la barbarie, pour nier l’absurdité d’être mortel, pour ne plus s’éparpiller dans les abîmes du doute, pour draper son identité d’une même foi, et partager la même table de lois. Il n’y a rien de dégradant ni d’infamant, à penser que les dieux sont la création des humains.

          En abolissant le droit divin, la révolution française voulait rompre avec la référence fondatrice de l’ordre absolu, Dieu lui même. Une révolution mentale aurait dû s’accomplir si la mentalité d’ancien régime n’avait squatté les instances républicaines, si la mémoire n’avait son inertie, si la servilité n’était devenue si banale dans un monde dénué de noblesse. Les républiques où l’on prête serment sur un livre religieux, et non sur le code civil, sont largement majoritaires. L’abolition du droit divin est une attitude exceptionnelle.

          

 

          Les religions ont fort à faire, la République aussi. Plus je vois le monde sans créateur, plus il m’émerveille.

          Voir la Vie comme un système autorégulé par les caractéristiques du champ dans lequel elle se déploie, est à la fois juste et sommaire. Expliquer l’évolution par l’adéquation progressive de la Vie dans son environnement, interroge sur la mémoire des systèmes autoreproduits. Penser la Vie façonnée par un créateur, répond à la question, mais manque de curiosité. Les explications fondées sur le mystère de Dieu me donnent le tournis. J’entends “ Dieu est la vie, la vie est Dieu, il n’est de vrai Dieu que le mien, Dieu seul le sait ”, et j’y trouve le plus souvent un certain laisser-aller de l’esprit, une tendance à la facilité, un comportement obsessionnel, une quête plus identitaire que sacrée. J’y ressens plus de peur et de superstition que de spiritualité.