Jean Chrétien FAVREAU

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ARTS

         
       
 
S'intégrer ou être intègre ?
 

         Se soumettre ou s’évader, collaborer ou résister, voilà les choix.

         Jouer le jeu ou être hors jeu, entrer dans le système ou s’aventurer en marge, s’intégrer ou se désintégrer, jouer double jeu, moitié système moitié soi-même, s’intégrer ou être intègre. L’aventure m’emporte, c’est trop tard, l’habitude est prise, demain n’est pas banal. Ce n’est pas volontaire d’en être là, ma volonté ne décide pas du chemin, celui-là se présente, l’immédiat s’interprète, l’instant fait signe. Ainsi se pétrit la glaise des situations successives, chacune influençant la suivante.

         On n’est pas volontairement dans la marge, nonchalamment le centre est plus attrayant, tout y est si simplement en règle. Du centre on ignore la marge, on l’oublie même. Mais de la marge, la vue est instructive sur la conformité du centre. On ne choisit pas la marge, on y est expulsé par un changement de gravité, allégé d’obscures superstitions, délié de l’attraction centrale. La marge ouvre des voies hors normes : par-delà les modèles réflexes et la séduction sécuritaire, des réseaux de neurones se connectent là où l’ordre dominant ne les saisit plus, la canopée frémit d’un fruit nouveau, l’ailleurs de la vraie vie est là.

 

 

        Ceux qui pensent être dans le droit chemin s’illusionnent.

         Un peu lâches, le bulbe paresseux, le désir de soi tempéré, ils ne se risquent pas dans l’errance. Ils s’imaginent gérer convenablement leur conduite tandis qu’autour d’eux se trame une autre réalité. Des psychorigides frileux, purs produits de la domestication de l’être, protègent la société de tout aventurisme. Mais entre le discours conforme, transparent, opportun, se nient et se lient d’autres pulsions plus troubles. Le machisme technocratique est un ordre pudibond, “droit dans ses bottes”, sûr de sa supériorité, collabo sans état d’âme de l’ordre dominant, quel qu’il soit.

         C’est pour juger la servilité que le procès d’Eichman ou de Papon aurait dû se dérouler, afin que les serviteurs soient responsables des risques qu’ils acceptent en se soumettant aux ordres. Si le procès de la servilité ne peut avoir lieu, c’est qu’il porte en lui la liberté de ne pas obéir comme une injonction à la désobéissance civile. Il révélerait en plus la volupté d’être cruel et servile à la fois.